L’art est très riche d’images qui mettent la ville au centre de la vision de ses auteurs. Comment la ville et ses transformations ont inspiré les artistes dans leurs œuvres ? Quel peut-être la représentation de la ville par les images ? Est-elle seulement un décor dans les clichés, les films ou les romans ou bien un personnage à part entière? Ces questions contribuent à élaborer notre imaginaire de l’urbanité.

Comme disait le peintre Paul Klee : « L’art ne rend pas le visible, il rend visible ». En tant que fabrique d’images et d’imaginaire l’art nous propose une perception autre des agglomérations dans lesquelles nous vivons.

La ville est reconstruite par un « puzzle imaginaire » de manière très subjective par les artistes. Les images romanesques ou cinématographiques nous invitent à l’exploration de la quotidienneté de l’univers citadin à travers les déambulations.

Les écrivains, les cinéastes et les chanteurs nous proposent très souvent un monde particulier associé à l’évocation d’une localité, ils nous livrent leur relation intime et personnelle qui n’appartient qu’à eux.

Tel est le cas de Patrick Modiano avec Paris et particulièrement la ville étrange qu’est le Paris de l’occupation qu’il narre magnifiquement en en faisant, grâce à des détails insolites, un lieu silencieux, un Paris de mauvais rêve, qui reste lié à ses premières impressions d’enfance. Et ces impressions étaient si fortes que, depuis, il n’a jamais cessé d’explorer les « mystères de Paris ».

New York est un élément essentiel de l’œuvre de Paul Auster. Il le reconnaît bien volontiers : « La ville existe et constitue une partie intégrante de mon travail. New York fait tellement partie de ma vie qu’il m’est difficile de m’imaginer ailleurs ».

 we-are-media-ooh-Art-et-ville-Paul-Auster-Trilogie_New_Yorkaise

Le lieu en devient même un territoire symbolique et suggestif. Le poète et romancier Michel Butor, mort récemment, avait, quant à lui, imaginé dans son ouvrage L’emploi du temps, écrit 1956, le cheminement à la fois physique et mental du narrateur dans une ville inventée, oppressante à la structure labyrinthique, qui l’attire et le déstabilise en même temps, le faisant finalement se confronter à lui-même. Ou encore très récemment, Laurence Cossé dans son roman La Grande Arche, nous fait le récit pathétique de la Défense, ce quartier d’immeubles de bureaux aux portes de Paris, au bout de la perspective qui part du Louvre et passe par l’Arc de triomphe et qui deviendra le calvaire d’un architecte.

Au cinéma les lieux citadins évoqués dans les films de Martin Scorsese Mean Streets (1973) et After Hours (1985) évoquent une ville qu’il aime profondément, tumultueuse, pétillante, enrichissante et excitante.

New York pour lui est la « ville définitive ». New York toujours, que Woody Allen à travers sa filmographie, érige en mythe, en personnage romanesque.

De la même manière la géographie urbaine et sentimentale de la Nouvelle Vague comme A bout de souffle (1960) de Godard ou Cléo de 5 à 7 (1962) d’Agnès Varda ou les dérives dans les rues de Tokyo dans Lost in translation de Sofia Coppola, traduisent diverses sensations que nous renvoient les métropoles.

we-are-media-ooh-Art-et-ville-Lost in translation

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteur Isabelle de Maison RougeHistorienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org