Le design est partout. Nous le vivons au quotidien. Il investit l’espace domestique mais aussi urbain, les lieux de travail, de loisir, le transport… Il fait à tel point partie de notre environnement que l’on finit par l’oublier.

 

Une approche de définition

 

Il n’existe pas de définition unique du design. Chaque époque, chaque courant, chaque culture réinvente « sa » définition du design. Le mot design utilisé en France, est emprunté à l’anglais design, qui signifie, au XVIIe siècle, « plan d’un ouvrage d’art ». Le mot anglais est lui-même d’origine latine, designare. Il provient de « dessein » et de ses dérivés « dessigner » ou « desseigner » qui signifiaient à la fois dessiner, montrer, indiquer.

Cependant la définition qu’en donne l’Encyclopedia Universalis a le mérite d’être très ouverte : « Le design a l’avantage de signifier à la fois dessein et dessin. Dessein indique le propre de l’objet industriel qui est que tout se décide au départ, au moment du projet, tandis que dans l’objet ancien fait à la main, le projet se différenciait en cours d’exécution. Et dessin précise que, dans le projet, le designer n’a pas à s’occuper des fonctionnements purs, affaires de l’ingénieur, mais seulement de la disposition et de la forme des organes dans l’espace et dans le temps, c’est-à-dire de la configuration. » Ainsi le mot design est à entendre dans un sens le plus ouvert possible. Sous l’influence des théoriciens et sociologues, le design prend un sens nouveau et regroupe non seulement la production d’objets mais intègre également les notions de signes, de besoins et de discours social (design de service).

  

La querelle des anciens et des modernes… dans le design aussi !

 

L’histoire du design se confond avec l’histoire de l’art et avec l’histoire. Elle est également indissociable de celle de la révolution industrielle. Avec la production mécanisée commence une nouvelle histoire de l’environnement humain, écrite par les industriels et non plus uniquement par les artisans et les artistes.

Des balbutiements de la machine à vapeur aux premiers gratte-ciel, l’histoire du design se développe en prenant appui sur l’innovation technologique. On a coutume quand on cherche les origines du design de remonter à 1851 et au Crystal Palace de Londres conçu par Joseph Paxton pour l’exposition universelle. L’édifice est gigantesque : 563 mètres de long sur 263 de large, pour une surface de 70 000 m2. Haut de 36 mètres, il compte 3 300 colonnes de fonte, 2 224 poutrelles et 300 000 éléments de verre.

 

Légende : façade du Crystal Palace, 1852

 

Cet hymne à la gloire de la nouvelle société industrielle rencontre une très vive opposition de la part du critique et historien d’art John Ruskin, relayée quelques années plus tard par le mouvement Arts and Crafts, qui déplore une dégénérescence de l’architecture, accentuant ainsi les controverses et les interrogations de l’époque portant notamment sur le choix des matériaux employés et le métal en particulier. Le débat ainsi ouvert entre les tenants de la technologie et de l’industrie et ceux qui défendent une ligne historiciste et la beauté de l’objet unique, se poursuivra tout au long du XXe siècle et jusqu’à nos jours.

 

La deuxième décennie du XXe siècle voit l’avènement de la modernité avec le purisme des années 20 et l’esprit nouveau. Dans l’effervescence des années d’entre-deux-guerres naissent des mouvements hérités du cubisme et du futurisme – constructivisme, suprématisme, de Stilj et surtout l’école du Bauhaus – qui vont marquer par leur audace tout le XXe s. Dans toute l’Europe, ces avant-gardes artistiques conjuguent recherche théorique et confrontation avec le réel. Les plus célèbres architectes sont Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier avec la villa Savoye à Poissy, conçue à la fin des années 20 ou la ville indienne de Chandigarh et ses palais publics (dans les années 50) ou Robert Mallet-Stevens et la villa Noailles à Hyères (1923-1933) ou la villa Cavrois à Croix (1929-1932).

Légende : villa Noailles à Hyères, construite par Robert Mallet-Stevens

 

Quand l’architecte  élabore un projet il se souvient de sa relation avec l’environnement et avec ceux à qui est destiné son ouvrage. Il en est de même lorsque l’on conçoit du mobilier ou des objets.

Rendre l’espace le plus fonctionnel et modulable possible est la règle que s’impose Charlotte Perriand dans les projets personnels qu’elle mène en parallèle comme la maison de week-end (1934) et le refuge bivouac (1936-37).

 

Légende : le « refuge-bivouac » imaginé par Charlotte Perriand

 

Il s’agit de démontrer que le champ de l’architecture s’étend du moindre objet ménager jusqu’à la ville entière.

 

Avec les années d’après-guerre, de l’Europe à l’Amérique, la création industrielle oscille entre passion technologique et nostalgie du passé. Ainsi de nombreux fabricants italiens prêts à la production industrielle ont contribué à la diffusion d’objets de designers (B&B Italia, Artemide, Zanotta, Arflex, Cassina, Poggi, etc.). Ce que précise de manière très novatrice l’Italien Giulio Castelli, fondateur, en 1949, d’une autre de ces entreprises emblématiques, Kartell, spécialisée dans la fabrication de produits de luxe en plastique. Ce dernier part du point de vue suivant : « le public est disposé à accepter de nouvelles formes pour des machines accomplissant de nouvelles fonctions, mais s’agissant d’objets d’autrefois comme une cuillère, ce n’est guère aisé de faire accepter de nouvelles formes. Si les hommes ont peur de la nouveauté, il faut leur fournir de la super-nouveauté ».

 

Légende : chaise Louis Ghost dessinée par Philippe Starck et éditée par Kartell

 

 

 

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteur

Isabelle de Maison Rouge

Historienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org