Le mobilier urbain

 

Le terme désigne des objets extrêmement variés : éclairage public, mobilier de propreté, poubelles, et sanitaires, mobilier de repos et abris voyageur, équipements liés à la circulation (feux de circulation, miroirs, panneaux de signalisation et équipement de chaussée) ou espace d’information des centres urbains.

Le XIXe siècle d’Haussmann a amélioré le confort citadin et assaini les villes, les rendant plus sûres avec de grandes artères éclairées. Il a introduit aussi un caractère pratique en inscrivant les noms des rues sur des plaques, la numérotation des immeubles, mais aussi avec l’apparition des kiosques à journaux et des arbres corsetés.

Sobre et fonctionnel, design pour les masses, ainsi est le métro parisien dessiné par Hector Guimard (1867-1942). Quant aux colonnes Morris, créées en 1868 par l’imprimeur Gabriel Morris, elles ont pour vocation première l’affichage théâtral et cinématographique, mais servent aussi d’entrepôt au matériel de nettoyage des rues de la capitale. Exclusivement parisienne à ses débuts, La Compagnie Fermière des Colonnes Morris a été rachetée en 1986 par la société JC Decaux, les colonnes Morris/JCDecaux sont désormais présentes dans de nombreuses villes d’Europe.

Autre exemple : en 1872, le riche et philanthrope Anglais collectionneur d’art,  Richard Wallace offre à Paris, sa ville d’adoption, 50 élégantes fontaines publiques en fonte qui porteront son nom. En 1873, le banquier Daniel Iffla (mieux connu sous le nom Daniel Osiris) décide de suivre l’exemple de Wallace mais pour Bordeaux et finance l’achat de 6 fontaines. De nombreuses villes françaises en ont reçu un exemplaire également.

 

Pendant très longtemps, les villes portaient encore l’imposant héritage haussmannien de la fin du XIXe  siècle avec leurs équipements de référence trouvant presque unanimement grâce aux yeux de tous, kiosques à journaux lumineux, chalets de nécessité et vespasiennes.

De nos jours bien plus qu’un simple espace d’affichage le mobilier urbain offre de plus en plus de possibilités : abri, sièges avec de multiples aménagements, distributeurs, composteur de titres, sanitaire ou téléphone. Mais, au rôle fonctionnel du mobilier urbain s’est ajouté une dimension symbolique : hommages rendus à des personnalités, plaques de commémoration… qui racontent une histoire collective sur les murs de la ville et deviennent, dans l’espace public, des marqueurs historiques témoins des liens qui unissent l’homme et sa société.  Ces plaques, parfois peu visibles, outil de transformation du regard porté sur la ville font d’elle le musée artificiel d’un passé fantasmé.

 

Légende : plaque de commémoration, Paris

 

Il n’y a pas si longtemps on parlait d’aménagement d’espace, de requalification urbaine, puis la notion d’art urbain a fait son apparition. Toutefois pendant longtemps le design d’objet, tel qu’existe le mobilier urbain, n’était pas perçu comme important, mais plutôt relégué au registre du détail, perdu dans un ensemble, un accessoire de second plan qui ne bénéficiait d’aucune attention particulière.

Aujourd’hui la charge symbolique s’incarne dans l’importance qu’on accorde à ce mobilier pour véhiculer l’image de la ville même : balises, points de repères et d’ancrage pour donner une cohérence à un lieu en quête d’identité et redonner un sens au lien social, font partie des considérations actuelles sur nos espaces publics et donc collectifs.

 

Désormais associant verre, acier, polycarbonate et matériaux composites, les abris et mobiliers urbains sont aussi des éco-produits constitués de matériaux recyclables à 95%. Inscrits dans une optique de développement durable et de traçabilité ce mobilier se nettoie à l’eau pure, supprimant ainsi les produits détergents pour un meilleur respect de l’environnement et une propreté plus durable.

Le mobilier urbain vise aussi désormais à accroître le confort de l’espace public, tout en lui conférant une identité forte et une meilleure qualité perçue. Quand l’information est superficielle ou mal structurée, peu lisible, elle ne permet pas de lire véritablement la ville. A l’heure actuelle la signalétique se dédouble, entre celle que l’on transporte, sur son mobile (applications pratiques), et celle que l’on retrouve in situ. La ville devrait ainsi devenir plus facile à pratiquer pour tous.

Si la « ville intelligente » s’adresse à des « citoyens intelligents », la signalétique permet à chacun de chercher et de trouver ce qu’il cherche… au milieu de multiples possibles. C’est bien le choix pour lequel a opté le designer franco-suisse Ruedi Baur, lui qui a réalisé l’identité visuelle et signalétique du Centre Pompidou, de la New School à New York, de la Cité internationale de Lyon, de la Cité internationale universitaire de Paris, et qui est chargé de la signalétique des gares du Grand Paris Express.

 

Légende : signalétique des gares du Grand Paris dessinée par Ruedi Baur

 

 

Une ville plus belle et plus simple

 

Le design, de par son approche transversale située au confluent de nombreuses disciplines, investit naturellement ces problématiques d’aménagement et contribue à la requalification des villes par un travail sur la qualité paysagère, le mobilier urbain, l’harmonisation des espaces, le traitement des surfaces et des revêtements, la signalétique directionnelle et patrimoniale et l’accompagnement des déplacements.

Les panneaux d’affichage se digitalisent. Le parc numérique installe des écrans dans des espaces en intérieur, dans les centres commerciaux, les gares, les aéroports et dans le métro, mais qui bientôt ces écrans investiront la ville entière. Et l’information devient accessible partout en ville puisque le mobilier habille les gares SNCF, les tramways, les parkings et les centres commerciaux qui deviennent un nouvel espace d’interactivité directement dans l’espace public. Grâce à internet et aux nouvelles technologies, la communication extérieure devient accessible à tous : écrans numériques, vitrines interactives où l’on peut télécharger des bandes-annonces de films ou des extraits de spectacles…

L’accessibilité  est également devenue un maître mot dans le milieu urbain, il s’agit de favoriser la mobilité, la lisibilité de la signalétique sur les parcours, la facilité de transport des personnes en situation de handicap afin de leur rendre la ville et ses rues plus simples. Si nos cités s’embellissent elles cherchent surtout à donner d’elles un aspect convivial. Chaque place, chaque rue, chaque parc s’efforce de participer à la construction d’un cadre de vie agréable et convivial, pour tous et pour chacun. Aussi les maires et les constructeurs rivalisent d’innovations pour proposer des solutions globales et harmonieuses pour le mobilier urbain car celui-ci est devenu le point d’entrée privilégié de cette expérience intime de la cité.

 

 

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteur

Isabelle de Maison Rouge

Historienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org

 

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