Modification du paysage urbain

Sous l’impulsion des sciences humaines, une nouvelle analyse plus fine de la trame des relations sociales est à l’origine de l’urbanisme contemporain et, un peu plus tard, de la psychologie environnementale.

L’espace public est alors perçu comme un espace de passage et de rassemblement à l’usage de tous qui constitue, selon le philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas, le cadre du débat public. Il représente également le point de rencontre des disciplines et des intérêts engagés dans la composition de nos villes, qu’il faut apprendre à combiner et coordonner.

Ce lieu complexe, carrefour d’intérêts multiples, espace en perpétuelle évolution, est un véritable enjeu depuis peu. Les constructeurs de mobiliers urbains et les afficheurs montrent dorénavant une volonté d’harmoniser l’aménagement urbain en proposant une gamme cohérente d’équipements publics par des mises en place de plans de circulation, de zones piétonnières et commerciales, de belles unités visuelles qui passent par l’enfouissement et la modernisation des réseaux (électricité, téléphone), la réfection de la voirie, la révision des éclairages publics et l’implantation d’un mobilier urbain visant à caractériser une cohérence dans une même agglomération. Le mobilier urbain se met à obéir à des chartes pour harmoniser les couleurs et les formes afin de créer une unité ville par ville ou quartier par quartier.

Légende : abris voyageur à Reims dessinés par Sovann Kim, symbolisant les vitraux de la cathédrale

 

L’attention portée à l’aménagement urbain et aux espaces de vie partagés  dénote alors un enjeu politique fondamental qui fait de la ville un thème de création et un champ de recherche privilégiés. La ville ne se voit plus seulement structurée autour d’axes de communication reliant de grands pôles architecturaux où la voiture domine, mais elle devient objet de design elle-même, espace de vie habité, habillé, innervé par de multiples réseaux, structuré et mis en scène.

Désormais, la ville est comprise comme un écosystème associant municipalités, acteurs citoyens, associations, pôles académiques et entreprises. Une ville à la fois connectée et créative qui vient répondre aux aspirations des habitants tout en s’adaptant aux mutations d’un monde qui change.

Dans ce cadre apparaît la notion de design des services, puisque les nouveaux usages et services constituent le vecteur principal de cette transformation et sont au cœur de la métamorphose urbaine. Le design doit permettre de comprendre cette nouvelle cité, de s’y sentir « acteur digne et responsable », de s’y diriger de manière autonome en connaissance de cause.

 

Transports : du commun…

L’émergence des transports en commun date d’un peu plus d’un siècle (1er chemin de fer en 1830 (ligne Liverpool-Manchester), 1er tramway en 1852 (New York) et 1er métro en 1864 (Londres)), et accompagne le développement urbain.

Les transports en commun nécessitent des infrastructures importantes qui sont à l’origine de transformation et façonnent les centres urbains. Ils représentent de véritables défis aux designers qui doivent trouver le juste équilibre entre efficacité & esthétique, fonction & convivialité. Ils sont aussi un vecteur d’image important pour la ville.

Dans les années 1970 Roger Tallon, avec une notion simple, « aller à l’essentiel pour rendre les objets faciles à utiliser », va penser le train autrement et prendre en charge la création de la signalétique du RER, la conception des voitures Corail,  l’aménagement intérieur du TGV Atlantique et du TGV Duplex dans son ensemble, le tramway de Tours. Il a consacré une grande partie de sa carrière à réinventer notre expérience du voyage sur rail.

 

Légende : signalétique du RER dessinée par Roger Talon

 

 

à la mise en commun

Contrairement aux trains et autres métros, le vélo a peu évolué depuis un siècle. En 1900, la bicyclette était très légère et ressemblait aux vélos modernes. Il n’y a avait pas des freins. Mais sur les guidons, une petite sonnette. Et  pas de vitesse sur ce véhicule léger… Depuis, la ligne générale du vélo n’a guère changé et les avancées technologiques restent discrètes. Ce qui change est l’utilisation du vélo qui quitte la sphère du personnel pour entrer dans l’usage public et collectif… c’est aussi un changement de mentalité !

Dans le même esprit des voitures électriques deviennent accessibles en libre service, et pour Paris, le carrossier turinois Pininfarina a dessiné les véhicules mis en service par la société Autolib, les Bluecar. Mignonnes, ces petites citadines trois-portes à l’aspect dynamique font désormais parties du paysage parisien.

Légende : une autolib dessinée par Pininfarina

 

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteur

Isabelle de Maison Rouge

Historienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org

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