Graffes et tags ont longtemps été perçus comme une dégradation de l’espace public, avant d’être accueillis par les musées. Miss.Tic (née en 1956) en a fait l’expérience. Elle s’en amuse au début : « Il n’y a plus que le fisc et les flics qui connaissent ma véritable identité. » Son aventure commence dans les années 1980 où elle suit la bande des frères Ripoulin et de Vive la peinture (VLP) qui détournent les affiches, peignent les murs et les palissades. D’abord spectatrice, elle finit par s’y mettre et franchit le pas en 1985. « J’aimais bien cette démarche populaire, cette approche pratique de l’art. » Elle le tatoue sur la peau de la ville en des phrases poétiques comme « Devenir simple c’est compliqué ! »

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(Miss. Tic Fridolin freudenfett, Wikimedia Commons)

 

Au début des années 1990, la loi se durcit, et Miss. Tic connaît une vie de hors-la-loi : traque des policiers, nuits au poste et procès. En 1999, elle est condamnée à payer 22 000 francs (3 385 euros) pour un de ses pochoirs, « Égérie et j’ai pleuré ». Le propriétaire de l’immeuble, lui, ne plaisantait pas ! Droite sur ses talons aiguilles, Miss.Tic paie l’amende, mais se met à travailler autrement, demande des autorisations. « Je n’avais pas envie d’être prise pour une délinquante », confie-t-elle. Ernest Pignon-Ernest, souvent arrêté lui aussi, a témoigné en faveur de Miss.Tic à son procès. « La condamnation lui reprochait la “permanence” de sa peinture, raconte-t-il. J’utilise du papier, cette technique n’entraîne pas de “dégradation durable”, donc les poursuites n’aboutissent jamais. Cela n’empêche pas les menaces de procès, mais ces démarches ont peu de chance d’aboutir juridiquement. »

En France, la lutte antitagueurs est déclarée surtout à partir de 1999, quand la SNCF se dote d’une Mission Propreté qui prend des contacts sérieux avec la Police nationale.

 

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(Tag sur un Thalys, Gare d’Anvers, DR)

 

Quelques magistrats prennent conscience de l’ampleur du phénomène et à partir de 2001, la justice souhaite poursuivre un tagueur pris, non plus seulement sur un fait de flagrant délit mais sur l’ensemble des tags qui présentent une même signature et des mêmes caractéristiques. Le premier procès a eu lieu en 2003 à Versailles. Il n’est plus question d’amendes légères contre les 150 personnes poursuivies. Pour la seule SNCF, le montant s’élève à 1,3 million d’euros de dommages et intérêts, d’autant plus qu’il s’est avéré que certains des tagueurs avaient des métiers lucratifs dans la publicité ou le graphisme. Un autre procès se déroule en 2004 : la SNCF s’attaque à des journaux ayant représenté des fresques sur train, considérant qu’il s’agit d’une incitation au viol de la loi, et réclame la suppression pure et simple de ces revues qui seront finalement acquittées. La décision est saluée par la Ligue des droits de l’Homme.

 

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteur Isabelle de Maison Rouge

Historienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org