Aujourd’hui, les villes mondiales les plus puissantes de la planète n’exercent plus leur influence sur une seule partie du monde, mais sont intégrées dans un réseau planétaire de villes globales ou dans ce que le géographe Olivier Dollfus (1997) appelle un « archipel mégalopolitain mondial » (AMM). On peut définir l’AMM comme l’ensemble des villes qui contribuent à la direction du monde.

Émergent ainsi des grappes de villes mondiales qui se concentrent en quelques lieux de la planète : Amérique du Nord, Europe, Japon et dans certains pays émergents en Asie – Chine, Corée du Sud, Taiwan, Singapour – et en Amérique latine – Brésil, Argentine, Mexique.

À bien y regarder, l’AMM s’articule autour de quatre grands sous-ensembles de villes mondiales : 1/ la dorsale européenne structurée essentiellement autour de Londres, Paris et Milan ; 2/ la perspective Est-étasunienne reliant notamment Boston, New York, Baltimore et Washington ; 3/ l’axe californien allant de San Francisco à San Diego en passant par Los Angeles ; et 4/ le croissant asiatique composé entre autres de Singapour, Taipeh, Shanghai, Séoul et Tokyo. Tous ces sous-ensembles entretiennent d’excellentes relations avec les autres « îles » de l’Archipel mégalopolitain mondial et concentrent entre elles l’essentiel du trafic aérien, des flux financiers et de communication.

Aussi se dessine-t-il à l’échelle planétaire une véritable « économie d’archipel » (P. Veltz, 1996) qui rappelle combien la mondialisation rapproche économiquement les grands pôles urbains de la planète, tout en laissant de côté leur environnement proche, à commencer par les métropoles régionales de leur pays d’appartenance.

 

 

Mais plus encore, les concentrations urbaines constitutives de l’AMM peuvent être appréhendées comme une seule ville, une « Ville-Monde » pour reprendre l’expression de Jacques Lévy (2009). En effet, ne sommes-nous pas passés d’une situation où la majorité des villes, mêmes les plus puissantes, pouvaient jusqu’à un certain point s’ignorer mutuellement, à une situation où, au sein de l’AMM, chaque ville mondialisée doit désormais se définir et se mesurer par rapport à toutes les autres, mais aussi entrer parfois dans une concurrence/une complémentarité transnationale ? Comment ne pas songer ici à la compétition féroce entre Paris et Londres pour l’accueil des Jeux olympiques de 2012 ?

D’une façon générale, le monde est engagé dans une logique d’ouverture où les flux planétaires transitent, d’une manière ou d’une autre, entre toutes les « îles » de l’archipel urbain mondialisé. D’un bout à l’autre du monde, on trouve des citadins vêtus de jean’s et portant des baskets de mêmes marques, des restaurants japonais, thaïs, italiens ou français, etc.

 

Légende : restaurant japonais « couleur locale » à Rio de Janeiro.

 

De même, les Technologies de l’information et de la communication (TIC), en permettant à des centaines de millions de citadins de recevoir simultanément les mêmes informations et d’échanger des opinions, des idées ou encore de l’amour, quel que soit l’endroit où l’on se trouve sur la planète, autorisent à parler d’un « cyberterritoire » formé par l’ensemble des villes mondiales. Ce cyberspace, ou cette « ville des villes » pour reprendre l’expression d’Italo Calvino, se fonde sur la vitesse érigée en principe fondamental et annihile de fait la distance physique en tant qu’obstacle communicationnel.

 

A propos des auteurs

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS-HERVE-MARCHAL Hervé Marchal
Sociologue de la ville, du périurbain, identité du citadin et fragmentations socio-territoriales
Maître de conférences-HDR à l’Université de Lorraine, laboratoire de recherche 2L2S
SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS-JEAN-MARC-STEBE Jean-Marc Stébé
Sociologue de la ville, du périurbain, identité du citadin et fragmentations socio-territoriales
Professeur de sociologie à l’Université de Lorraine, laboratoire de recherche 2L2S

Articles similaires