Depuis le tout début du XIXe siècle, la ville n’a cessé de repousser la nuit : les éclairages au gaz, l’électricité en 1880, puis les enseignes lumineuses du début du XXe siècle déplacèrent les frontières entre le jour et la nuit.

Ainsi depuis un siècle, la Fée Electricité façonne le devenir technologique de nos cités et transforme sans cesse notre vision du monde environnant. Avant, la nuit était noire et les villes restaient obscures, tristes et dangereuses.

Aujourd’hui, les villes brillent de mille feux comme des rivières de diamants ! Depuis que Georges Claude, physicien et chimiste français, met au point le premier tube au néon en 1910 et dépose en 1923 aux USA son brevet, son invention va connaître un succès sans faillir ! Elle illumine le paysage urbain lui imprimant son aspect moderne.

Appelée la Ville lumière, la capitale française jouit d’une réputation qui peut étonner aujourd’hui lorsqu’on la compare à des villes comme New York ou Hong Kong dont les tours sont toujours illuminées. Il faut remonter au XVIIe siècle pour comprendre l’origine de ce surnom. Ce sont les étrangers et les Français de passage dans Paris qui, émerveillés par la vision des tous premiers éclairages publics au monde, diffusèrent l’idée d’une ville toujours lumineuse.

Toutefois avant de répondre à un choix esthétique, il s’agit d’une véritable stratégie qui vient surtout d’un désir de sûreté dans les ruelles nocturnes. C’est Gabriel Nicolas de la Reynie (1625-1709) nommé par Colbert et Louis XIV tout premier lieutenant général de police de Paris, en mars 1667 qui en prit la décision. Pour enrayer la montée de la criminalité, il avait ordonné de mettre en place un éclairage public, en plaçant des lanternes et des flambeaux dans les rues, et même dans les ruelles les plus sombres, pour dissuader les rôdeurs et les criminels. Ainsi féérie et sécurité se trouvent liées à l’origine des lumières de Paris.

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Premiers éclairages publics, Place Sainte-Croix à Angers – Félix Benoist

A l’approche de Noël les villes se parent de décorations et l’ouverture des festivités ressemble à une pluie d’étoiles et de feux d’artifice désir de la ville de « rayonner » au-delà des frontières de sa périphérie pour réinventer places et monuments par la vertu de l’étincelle.

Ces créations lumineuses mettent en valeur le patrimoine architectural et décorent de manière avantageuse les rues moins attirantes. Lyon s’illustre particulièrement avec sa Fête des Lumières qui remonte à une tradition née au XIXe siècle.

En 1852, le 8 décembre précisément, lors de l’inauguration de la sculpture de Joseph-Hugues Fabisch au sommet de la colline de Fourvière, le mauvais temps contrariait les réjouissances et les autorités religieuses étaient sur le point d’annuler l’inauguration. Finalement le ciel se dégage… Spontanément, les Lyonnais disposent des bougies à leurs fenêtres et, à la nuit tombée, la ville entière est illuminée. Ce soir là, une véritable fête est née ! La tradition est reprise et chaque année désormais, le 8 décembre, les Lyonnais déposent des lumignons à leurs fenêtres et parcourent les rues de la ville afin d’admirer des installations lumineuses exceptionnelles. Depuis 1999, la Fête des Lumières se déroule sur une durée de quatre jours. Pendant cette période, plusieurs millions de personnes vont déambuler dans toute la ville.

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Illumination de la colline de Fourvière lors de la Fête des Lumières – Albatrosi11, Wikimedia Commons

Artistes de lumière, c’est l’action de quelques explorateurs enhardis par les progrès technologiques et poussant à fond leur passion pour la lumière qui a prouvé qu’éclairage et ville formaient un couple réussi.

Aux Etats-Unis les « light designers » existent depuis les années 40, ils regroupent principalement des éclairagistes issus du monde du spectacle. En France seuls quelques artistes ont réussi à se frayer un chemin sous les spotlines. Parfois en collaboration avec des architectes ou des équipes de rénovation urbaine, ils modifient les approches de l’éclairage d’une agglomération ou d’un quartier ou participent de manière ponctuelle à la mise en lumière lors d’une occasion festive ou, au contraire, de manière pérenne.

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteur Isabelle de Maison Rouge

Historienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org