De manière très concrète, deux trames d’espaces publics se superposent aujourd’hui en ville. La première, plus classique et statique, se compose de toutes ces places, rues, passages publics qui peuplent les espaces urbains. Un patrimoine européen et international est constitué de ces innombrables lieux, places royales ou « de poche » et intimistes, squares arborés, grands parcs centraux ou esplanades de vision panoramique (comme à Bruxelles).

Légende : place du Palais royal, Bruxelles © Wikimedia commons

 

D’un continent à l’autre, cette trame révèle sa richesse patrimoniale : des médinas historiques aux grandes places majestueuses, la genèse de ces espaces publics résulte d’une belle alchimie architecturale et urbaine entre les vides et les pleins, plus aménagée ou plus spontanée.

 

Le passage à des espaces publics pensés et conçus intervient approximativement à la Renaissance où ceux-ci deviennent autant un lieu de manifestation du pouvoir politique que celui d’une société qui se rend visible à elle-même avec l’émergence d’un mode de vie citadin en Europe : place du Château à Varsovie, place des Vosges à Paris…

Cette alchimie présente des nuances fortes suivant les pays, variant selon les cultures : plus décoratives ou fonctionnelles, mixtes ou davantage « genrées » (réservé aux hommes), dans lesquelles il est obligatoire ou, à l’inverse, interdit de porter un signe religieux (le voile obligatoire en Arabie Saoudite dans la rue ou l’interdiction de la burqa dans les espaces publics de certains pays européens).

 

Il fut aussi un temps où la richesse de l’espace public se trouva proscrite, à l’ère du modernisme architectural, telle la rue avec ses formes courbes et sa vitalité sociale détestée par le Corbusier comme le « chemin des ânes », qui lui préféra de grande dalles austères et un peu anxiogènes.

 

Cette trame plutôt stable d’espaces publics est désormais renouvelée par le numérique avec des espaces publics interactifs, exploitant des dispositifs intelligents, connectés, ne permettant pas seulement d’avertir les institutions d’une dégradation ou d’un dysfonctionnement mais aussi d’interagir avec des informations culturelles ou autres comme le sightjogging à Toulouse ou lors de la mode de Pokemon Go.

 

Légende : un chasseur de Pokemon dans les rues de Sherbrooke, Canada – © Radio Canada

 

La seconde trame d’espaces publics en ville – on devrait davantage dire espaces communs ou partagés – est aujourd’hui à la fois plus proliférante et moins stable : n’importe quel interstice ou lieu s’y prête. Ils prennent place dans les centres commerciaux accueillant dans leurs galeries des bancs, des tables de rechargement wifi, et qui se sont équipés parfois de manière plus riche et amène comme au centre commercial Quais d’Ivry où l’on peut faire du scrapbooking, du yoga, suivre des spectacles, des expositions… plus que dans les espaces publics classiques !

Légende : démonstration de Street Art au centre commercial Quai d’Ivry © Art en direct

 

Mais aussi dans les friches des anciens espaces industriels abandonnés, le temps d’un aménagement temporaire comme à la Belle de Mai à Marseille, à la Cartonnerie à Saint-Étienne ou, plus posés, des jardins ouvriers et partagés. Friches, terrains vagues, tout se prête à « faire espace public » !

 

A propos de l’auteur Marc Dumont
Professeur en Urbanisme et Aménagement de l’Espace à l’Université Lille 1
Chercheur au laboratoire TVES et Co-rédacteur de la revue EspacesTemps.net

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