L’expérimentation de l’espace urbain dès les années 1960, avec Tania Mouraud, Daniel Buren, Ernest Pignon-Ernest, ou encore Allan Kaprow, a dans un premier temps profondément modifié l’approche environnementale de l’art et ouvert la voie à un nouveau champ d’étude.

Vont surgir des gestes sur les parois de la ville, non plus en faisant dialoguer la plasticité des œuvres avec l’urbain, mais par des interventions, picturales cette fois, plus simples dans leur réalisation. Nouveau terrain de jeu de la création, l’espace de la rue voit naître à la fin des années 1970 dans les rues une pratique fondamentale dans l’évolution de ce geste que l’on ne qualifie pas encore d’art urbain. Surgissent alors à Paris des silhouettes humaines réduites à leur contour, sommairement peintes par Gérard Zlotykamien. A New York, apparaissent des signatures lapidaires, gribouillis peu élaborés toujours exécutés à la va-vite, dans l’urgence, en rapport direct avec le caractère illicite de ces nouvelles inscriptions.

Des artistes s’emparent de la ville comme d’un médium libre offert à tous. Ils se l’approprient, le « graffent » et « griffent » à loisir. L’art « graffiti » est né. Au départ, le but du graffiti est d’obtenir « the Fame », c’est-à-dire la célébrité, la reconnaissance des autres tagueurs ou graffeurs leur signifiant par là qu’ils existent. Dans cette pratique à la marge, le fameux slogan « sous les pavés la plage » s’est mué en un refrain qui s’apparente à « sur les murs l’art ». Tags (de « tachy », rapide) et graffes sont devenus un mode d’expression propre.

Visuellement agressifs, ils prennent place, à dessein, sur des surfaces très exposées telles que murs majeurs, façades de grands bâtiments ou encore tôle de véhicules de transport public, pour les salir et provoquer des réactions. Les tags de Jean-Michel Basquiat sous son pseudo SAMO (same old shit) ou encore ceux de Taki 183 inondent New York et contribuent largement à l’explosion du phénomène dans la décennie suivante.

Gare d’Haydarpaşa Istanbul, DR
Gare d’Haydarpaşa Istanbul, DR

Au principe de la clandestinité, s’associe un style particulier, une marque de reconnaissance. Le graffiti, geste spécifique, se résume à faire acte de présence partout où c’est possible et se qualifie comme une poétique dissidente, la ville devenant son territoire, témoin de la créativité de ses adeptes.

Ces signes cabalistiques reconnus entre initiés sont l’amorce d’un mouvement artistique représentatif de son époque, au déploiement fulgurant et planétaire, détesté ou adulé, le street art. L’art est descendu dans la rue et dans le monde entier.

User:Knuckles, Wikimedia Commons
User:Knuckles, Wikimedia Commons
SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteurIsabelle de Maison Rouge 

Historienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART

www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org