Face à cette scène d’une extraordinaire vitalité, une nouvelle génération prend la suite. Comme leurs pères, la rue est leur premier musée, cependant grâce aux premiers instigateurs, le chemin vers cimaises et marteaux est plus aisé, voire tout tracé. En outre, ces jeunes artistes, enfants d’Internet, maîtrisent davantage les médias et les réseaux sociaux, ce qui les rend infiniment populaires. Ainsi, dès qu’une œuvre apparaît dans la rue, elle est presque immédiatement accessible à un public mondial. Visibilité accrue et popularité, ajoutées à l’intérêt de collectionneurs influents, des institutions et du marché, la relève évolue dans un environnement qui a le vent en poupe ! Parmi ces artistes, bon nombre sont originaires des zones géographiques historiques : les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne : Futura 2000, Shepard Fairey dit « Obey », Seen, Ronnie Cutrone, Jonone, Invader, Speedy Graphito, Jef Aérosol, Jerôme Mesnager, Thom Thom, André, L’Atlas, Rero, Nasty, Mr Brainswash, RCF1, Banksy… Néanmoins, le récent développement des scènes urbaines brésilienne et australienne commence à modifier la donne grâce à leurs représentants. Os Gemeos (Brésil) et Anthony Lister (Australie) réussissent à se glisser parmi les artistes urbains les plus vendus.

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Os Gemeos, The Dewey Square mural (2012), Bosc d’Anjou from New York, Wikimedia Commons

 

Icône de la jeune génération et très médiatisé de surcroît, Banksy domine de loin le marché de l’art urbain, il est aussi l’artiste de moins de 40 ans le mieux vendu dans son pays (le Royaume-Uni) et le 3e dans le monde. Derrière un Banksy adoubé par le marché avec 2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012, la compétition fait rage. Certains sont devenus si célèbres qu’ils sont, à la manière des rock stars, suivis par des fans si nombreux qu’ils en arrivent parfois à regretter le temps où ils ne devaient n’échapper qu’à la police…

 

Banksy, Paolo Redwings from london, UK, Wikimedia Commons
Banksy, Paolo Redwings from london, UK, Wikimedia Commons

 

Cette génération née dans les années 1980 très internationale se distingue par des gestes spécifiques en milieu urbain qui s’inscrivent bien au-delà du tag, on retiendra les noms de RERO, Zoo Project, Zonenkinder, Zeus, Vhils, Tanc, Sam 3, Nunca, Moneyless, Koralie, Know Hope, JR, Sean Hart, Basco-Vazko… Deux jeunes « poids lourds » du milieu new-yorkais ont par exemple imaginé un travail collectif l’Underbelly project, comme une vaste exposition secrète en sous-sol, sous les rues de New York dans d’anciennes stations de métro abandonnées, sans spectateur et vouée à l’éternité.

En outre une particularité de cette génération montante tient à la disparition de la spécificité de street artistes, désormais ils ne se reconnaissent plus liés à la culture urbaine mais s’inscrivent de manière plus générale dans l’art contemporain et ne refusent pas une approche plus conceptuelle. Ce monde particulier recèle toujours ses contradictions, si certains artistes gagnent en notoriété et voient la cote de leurs œuvres monter, d’autres continuent d’agir dans la rue en toute illégalité et se doivent toujours de vivre dans la clandestinité. La vitalité d’une ville, en tout cas, se lit à la présence de l’art dans ses rues et le développement de l’inscription des artistes peut inciter les maires à étudier et scruter sa prolifération comme un axe révélateur du dynamisme de sa cité. Dorénavant se créent des espaces autorisés. Ainsi l’association le MUR (Modulable, urbain, réactif) invite depuis 2003 des artistes à s’emparer de l’espace anciennement occupé par un panneau publicitaire de 3 x 8 mètres à Paris dans le XIe arrondissement près d’Oberkampf. Tous les 15 jours, une nouvelle œuvre recouvre la précédente, perpétuant ainsi l’essence éphémère de l’art urbain. De nouveaux M.U.R. ont vu le jour à Paris dans le XIIIe arrondissement, à Arromanches, Bordeaux, Saint-Etienne, Cherbourg, Nancy, Mulhouse, Strasbourg, Tours, Marseille, Toulon, Perols (Montpellier), Epinal et prochainement à Phnom Penh et à Bruxelles.

Le Mur Oberkampf (Paris XI)
Le Mur Oberkampf (Paris XI)
SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS A propos de l’auteur Isabelle de Maison Rouge

Historienne de l’art, curatrice indépendante et artiste chercheur
Membre de l’équipe Art&Flux et fondatrice de MATCHART www.matchart.net et de A&U www.artandyou.org