D’une façon générale, le trait le plus caractéristique d’une ville mondiale est qu’elle est informe, éparpillée et proliférante : aussi ses limites sont-elles (très) difficilement identifiables, si bien que l’on ne sait pas vraiment où elle commence et où elle finit. Par exemple, Tokyo constitue une métropole mondialisée avec ses 33,5 millions d’habitants, s’intégrant dans un vaste tissu urbain constitué en l’occurrence de plusieurs aires urbaines (Tokyo, Osaka, Kobé et Kyoto) qui comptabilisent au total plus de 50 millions d’habitants.

 

Légende : Tokyo, ville sans limite…

 

Pour autant, les villes mondiales, souvent dénommées global cities à la suite des travaux de Saskia Sassen (1996), ne peuvent être vues comme étant en totale rupture avec leurs origines historiques : la ville mondiale vient en effet s’articuler sur la ville historique pour la redessiner spatialement et urbanistiquement ainsi que pour la redéfinir socialement et économiquement. Elle concentre ainsi sur son territoire de nouvelles activités tertiaires et quaternaires réunissant ce qui se fait de mieux – de plus innovant et performant – dans la finance, la recherche, le conseil, la communication, le droit, les médias, le design et l’architecture.

À cet égard, les villes mondiales, qui sont des villes multimillionnaires et qui ne sont pas forcément les capitales politiques de leur pays d’appartenance, exercent des rôles de premier plan à l’échelle du monde et se distinguent par un ensemble de caractéristiques qui doivent être présentes à des degrés divers pour qu’une ville soit considérée comme globale, notamment en termes de poids démographique, de puissance politique et économique ou encore au regard de leur inscription dans les connexions planétaires.

  • elles concentrent des fonctions de commandement économique et financier (sièges sociaux des firmes multinationales, des institutions de la gouvernance économique mondiale (comme le siège de l’Organisation mondiale du commerce à Genève) ;

 

Légende : siège mondial de la HSBC à Londres, Canary Wharf – © Wikimedia

 

 

– elles regroupent des fonctions de commandement politique (institutions supranationales comme l’ONU), mais aussi parfois des fonctions de commandement culturel (Biennales d’art contemporain, grandes scènes internationales de théâtre…) ;

– elles rassemblent des structures de formation et de recherche de haut niveau contribuant ainsi à l’innovation, à la création esthétique (design, mode), au développement de l’art (galeries) et à la production de nouveaux biens de consommation (voiture autonome, gyropode…) ;

Légende : campus de l’université de Stanford, Palo Alto – © Wikimedia

 

– elles possèdent des infrastructures de transport et de communication performantes les reliant facilement au monde (aéroports, grandes gares, hubs…) ;

– elles polarisent des flux de toute nature (marchands, financiers, migratoires, culturels, informationnels…) ;

– elles contribuent à façonner une ville-type tertiarisée (voire « quaternarisée », c’est-à-dire technologisée, financiarisée et fondée sur une économie de la connaissance) et verticalisée sur le plan architectural.

 

Ce faisant, il existe à travers le monde, notamment en Afrique et en Asie, d’autres grandes métropoles qui, en dépit de leur poids démographique considérable, ne peuvent intégrer le club très fermé des villes mondiales contemporaines en raison de leur précarité économique se traduisant, entre autres, par des bidonvilles à perte de vue. Ainsi en est-il du Caire, de Lagos, de Delhi ou de Manille qui pourtant comptent près de 20 millions d’habitants.

 

Au regard de toutes les caractéristiques précédemment énoncées, les villes mondiales sont hiérarchisées les unes par rapport aux autres, mais pas forcément en concurrence, eu égard à leurs avantages respectifs : aucune ville globale n’est en effet leader dans tous les domaines.

Selon que l’on s’attache aux flux financiers, au transit de marchandises et de passagers, à la connaissance ou à la qualité de vie, les villes mondiales occupent des places différentes dans les nombreux palmarès proposés par des organismes plus ou moins indépendants. Soulignons ici qu’il existe plusieurs manières de mesurer la performance, l’importance, l’attractivité et le rayonnement d’une ville, mais généralement on croise Produit urbain brut valeur de la richesse produite au sein d’une métropole donnée) et l’importance du pilotage de l’économie mondiale (part d’une ville dans les flux financiers, de marchandises, de personnes, d’informations et de connaissances), sans compter la variété et le nombre de connexions Internet et téléphoniques principalement.

Ainsi, le palmarès MasterCard hiérarchise les villes mondiales en fonction de leur rôle de pilotage de l’économie mondiale. Quant au Groupe d’études sur la globalisation et les villes mondiales (GaWC) de l’Université de Loughborough, il établit la localisation des principales firmes internationales.

Légende : classement The Economist des villes où il fait bon vivre. Ici : Vancouver.

 

Si l’on prend le critère de la qualité de vie, les classements proposés par les organismes précédemment cités (GaWC et MasterCard entre autres) font apparaître respectivement que Vienne, Zurich, Auckland, Munich et Vancouver sont les villes les plus agréables à vivre. En ce qui concerne les flux financiers, le classement est le suivant : 1/ Londres ; 2/ New York ; 3/ Francfort ; 4/ Séoul ; 5/ Chicago. Enfin, pour ce qui est l’importance des flux touristiques, New York arrive en première position, suivie de Londres, Paris, Tokyo et Singapour.

A propos des auteurs

SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS-HERVE-MARCHAL Hervé Marchal
Sociologue de la ville, du périurbain, identité du citadin et fragmentations socio-territoriales
Maître de conférences-HDR à l’Université de Lorraine, laboratoire de recherche 2L2S
SIGNATURE-ARTICLE-AUTEURS-JEAN-MARC-STEBE Jean-Marc Stébé
Sociologue de la ville, du périurbain, identité du citadin et fragmentations socio-territoriales
Professeur de sociologie à l’Université de Lorraine, laboratoire de recherche 2L2S