Rue, placette, parvis, passage couvert, marché… si les déclinaisons des espaces publics sont nombreuses, toutes sont caractérisées par une même envie et un même besoin : partager, croiser, rencontrer, vivre l’expérience sociale.

 

Derrière leurs décors plus ou moins accueillants, plus ou moins esthétiquement réussis, plus ou moins patrimoniaux, leurs formes sont enviées, copiées, imitées à l’image de la place de Toscane reproduite dans des parcs d’attraction en Chine ou à Val Europe.

Légende : Place de Toscane à Val d’Europe © DR

 

Les espaces publics font partie des formes urbaines les plus complexes à concevoir et à faire vivre pour les urbanistes. Ils ont été en large partie inventés en Europe. A la Renaissance et avec l’apparition de la perspective en peinture, des lieux de la ville deviennent des espaces de spectacles et de représentations. Aux parvis des cathédrales des places médiévales font suite les places royales rectilignes, à l’image de celle représentée dans la Cité idéale du panneau d’Urbino.

 

 

Légende : Cité idéale, panneau d’Urbino © wikimedia

 

Ces formes se sont diffusées aujourd’hui quasiment dans l’ensemble du monde urbain, constituant de fascinantes petites machines à vivre et fabriquer de la société. Elles ont un petit côté mystérieux et énigmatique, qui leur fait résumer comme à elles seuls la richesse et les équilibres fragiles des sociétés qui s’y croisent et s’y renouvellent à travers des rencontres, des frottements, de la confrontation aux autres, de l’évitement…

 

C’est aussi pour cela que les espaces publics restent liés à la civilité, à un « art de se conduire et se mettre en scène » en ville. Car fréquenter, passer autant qu’entrer dans un espace public, c’est adopter une attitude, des codes de conduite tacites ou plus officiels, se confronter aux autres en plus de ses proches, à l’altérité, à la surprise (serendipity), aux différences culturelles, sociales, autant qu’à la familiarité.

 

L’espace public est donc d’abord un lieu placé sous le signe du regard, où l’on s’expose autant qu’on peut voir et observer, où peuvent se jouer inlassablement ces formes de chorégraphie voyant alterner les entremêlements de foules et de passants isolés, de flâneurs et de gens pressés, de spectacles improvisés ou plus réguliers.

 

Légende : Esplanade de la Défense : on y passe, on y flâne, on s’y pose… © voyages-photo.fr

 

Au fond, les espaces publics conservent une nature profondément dynamique, marquée par un équilibre entre le fait de pouvoir y circuler autant que de s’y arrêter : on y prend place autant qu’on y passe.

 

A propos de l’auteur Marc Dumont
Professeur en Urbanisme et Aménagement de l’Espace à l’Université Lille 1
Chercheur au laboratoire TVES et Co-rédacteur de la revue EspacesTemps.net